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POINT DE VUE

Nos bibliothèques et les leurs !

Nos bibliothèques et les leurs !
Pourquoi nos bibliothèques nationales (celles des pays dits du Tiers-monde) et assimilées sont de très pâles figures comparées à celles des pays occidentaux et particulièrement américains ? Cette question pourrait paraître superflue ou provocatrice tant Europe/USA et Afrique sont inconciliables en tous points de vue. Tout de même, à voir les rayonnages, les hauteurs et on ne parle même pas des contenus des bibliothèques européennes et américaines, pourquoi s'étonne-t-on alors du fossé nous séparant !

Par Najib BENSBIA I L’interpellation de l’homme entre deux âges n’est pas une interrogation demandant réponse. Elle est l’expression de la structure même façonnant nos esprits respectifs ainsi que la manière dont nous ordonnançons le savoir et l’intellect. La différence entre nous et eux part du livre, pour toucher l’essentiel des étages de notre culture de la lecture, donc de la réception de la connaissance. Un peuple qui ne lit pas ou subsidiairement est voué à la paresse, à la ménopause de l’esprit et à l’atrophie de l’imagination.

Sans imaginaire, ce qui est le propre existentiel du livre, le rêve perd toute la latitude nécessaire à dessiner les contours de notre présent, en tirant profit de notre passé et en entrevoyant le tracé de notre devenir, proche ou lointain. Dans cette lamentation, notre homme rechigne à ressasser cet épiphénomène chantant le passé glorieux de la civilisation arabe, morte et enterrée il y a des lustres et que les guerres fratricides ont fini par démembrer au fil de confrontations bêtes et amorphes.

Ces vestiges d’un passé lointain ne permettent pas à la génération de notre homme, et moins encore à celle de ses enfants et petits-enfants de s’y identifier pour s’y reconnaître. De ce passé glorieux, il ne décèle alors que les lambeaux de dictatures parsemées çà et là dans l’espace immentissime de la sphère de décrépitude du monde arabe, un univers disloqué à force de mensonges, de faux-fuyants et de lamentations de faiblards qui ont peur de laisser l’individu-citoyen penser par lui-même.

En persévérant à se morfondre dans le passé, croit-il, les Arabes se sont figés à leur place, n’avançant certes pas mais, plus grave, marchent à reculons. D’ailleurs, comment osent-ils se référer, même symboliquement, à leur passé alors que ce qui faisait la gloire de leurs ancêtres tournait justement autour de la culture et du symbole, ces trésors qui en ont fait les précurseurs de la civilisation mondiale en leur temps !

C’est dans le livre et grâce à son éclairage que le passé arabe s’est construit et, en l’abandonnant, les Arabes se sont sclérosés pour ne plus être que des girouettes que les uns et les autres des visiteurs nouveaux de l’Univers utilisent à toutes les sauces. Alors que l’écrit éclaire l’esprit, les gouvernants de ce monde d’arriérés l’ont utilisé soit pour berner la conscience de leurs concitoyens, soit pour s’en servir contre eux afin de les maintenir dans l’asservissement intégral. L’école arabe est ce haut lieu où s’exprime la manipulation par le bas, tant les branches de progrès sont désarticulées et les disciplines d’analyse de la société ont été tout simplement bannies.

La culture et le livre sont, en effet et depuis l’aube des temps, ces lieux où les enjeux de dominance par la médiocrité ont délabré le penser arabe éclairé au profit de la manipulation par l’ignorance. Il n’est donc pas étonnant que nos bibliothèques et leur architecture témoignent de notre errance dans les labyrinthes non-esthétiques enveloppant les véritables centres de pouvoir par l’esprit, donc la lettre et la pensée. Le verbe est le pire ennemi de ces hordes qui se sont investies ‘’commandeurs’’ de notre être. Ils le combattent par tous les moyens, y compris et surtout à travers la déshumanisation des espaces où la pensée éclot et se transmet des uns aux autres par/grâce à la finitude de leurs suggestions émancipatrices.