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EN TOUTE SUBJECTIVITE

Le socialisme, un moribond au passé blessé et irrécupérable ?

Le socialisme, un moribond au passé blessé et irrécupérable ?
Il est aujourd’hui évident que le concept de « socialisme » ne revêt ni la même consonance ni le même contenu et encore moins le même sens qui enveloppaient sa substance du temps du marxisme révolutionnaire. Il y a peu de ressemblance, en effet, entre le socialisme de la 1ere moitié du 20è siècle et ce qu’il est advenu de ce ciment de la société prolétarienne qui a ébranlé, plus d’un demi-siècle durant, les fondements du capitalisme mondial.


Par NB LECTURES I 21 septembre 2026
L’Histoire des idées a codifié la fin du marxisme concomitamment à la chute du mur de Berlin et, plus encore, avec la disparition de l'empire soviétique vu sous l’angle du démantèlement du bloc de l'Est. Certes, des mouvements se réclamant du socialisme ont continué à exister sous une forme ou une autre en Europe, en Asie, en Amérique latine et en Afrique, sans pour autant retrouver la verve, la force et le caractère offensif tel que théorisés par les fondateurs du socialisme scientifique et du marxisme conquérant.


Les citoyens du monde ont ainsi perdu leurs illusions à partir de l’année 1985 et, de manière significative et récurrente, au milieu des années 1990. Ce qui a progressivement désespéré tous les ‘’accrocs’’ de ce modèle de société de voir l’Univers des Hommes choisir l’égalité comme mode de gouvernement. La contre-révolution a, de fait, remis en orbite triomphale le capitalisme sauvage et sonné le glas du socialisme jadis rabatteur de toutes les belles idées. La dislocation du bloc soviétique et la ‘’re-naissance’’ (non pas renaissance) des nations en Europe de l’Est a mis un terme à l’expansion d’une idéologie venue d’ailleurs, celle catapultée du/par le subconscient marxien universel ayant vainement prêché l’avènement d'un monde meilleur.

Le 21è siècle a fini, par conséquent, par rendre les notions de « gauche » et « droite » dépourvues de sens et de portée, des partis dits de droite empruntant désormais des formules et des concepts puisés des fin-fonds du socialisme originaire, alors que de ''faux'' socialistes ont gouverné par des formules empruntées à ce bon capitalisme rabatteur, qui a su courber l’échine pour mieux s’ancrer dans l’espace-temps humains à travers les temps modernes.


Réticents à brouter dans la mare capitaliste et son arrière-garde idéologique, certains mouvements ont essaimés à et là et cherché des repères-refuges, en épousant notamment le populisme comme arme de pointage pour faire rallier à leur carriérisme les populations mécontentes de tout et, surtout, des ex gauche-droite.


Par ailleurs, des mouvements sociaux spontanés, refusant les systèmes capitalistes d’Etat en place, se sont élevés un peu partout dans le monde contre le capitalisme financier mondial et, parfois, permis le retour de partis socialistes au gouvernement (Espagne, Grèce et, dernièrement, Portugal). pourtant, on le sait maintenant, l'extrême droit n'a jamais été aussi conquérante en Europe et en Amérique latine, alors même qu’il y a à peine 20 ans, une majorité de pays européens étaient gouvernés par des partis socialistes et sociaux-démocrates. C’est là qu’est le nœud gordien de la grande désillusion s'ancre : les gouvernements dits socialistes ont failli partout et, de ce fait, ont été reniés par ceux-là même qui les ont portés au pouvoir, les populations coléreuses et désenchantées.


La crise du socialisme s’est alors graduellement mais irréversiblement installée, ce qui a mis en flagellation progressive toute la gauche mondiale, qu’elle fût en Amérique latine, en Afrique ou en Europe. Depuis une dizaine d'années néanmoins, l’émergence de ‘’partis verts’’ a remis l’espoir à l’ordre des revendications du mouvement civil anticapitaliste mondial. Or, même les partis écologiques, qui peinent à convaincre et rallier à eux une majorité de citoyens ‘’dégouttés’’ de la professionnalisation de la politique, se sont perdus sur le court chemin de traverse en s'égarant dans des polémiques stériles et en implosant de l'intérieur à force de querelles byzantines. Ils ont succombé aux guéguerres de position (notamment en France) et, dans la foulée, ont perdu la plupart des élections auxquelles ils ont participé, exception faite de l’Allemagne où une coalition avec les libéraux les ont menés momentanément au gouvernement. D'où l'interrogation optimiste que se posent les émules d'une gouvernance socialiste ou pour le moins social-démocrate : L'écologie peut-elle sauver la gauche ? - Pour l'instant, c'est un niet désespérant !


Tous ces revers nous enseignent un seule et triste réalité : les partis socialistes ont perdu leur âme et se sont vus évincés des instances gouvernementales ainsi que des choix de société de leurs pays et de leurs concitoyens sans qu’ils s’en rendent-compte. Cette tendance ne semble pas fléchir, les extrémismes de droite, ayant profité du malaise multiforme engendré par la pandémie coronarienne et la crise économique et financière qui sévit un peu partout, ont réussi à monter, une fois de us de manière assidue, les populations contre leurs gouvernants ''socialistes'', diabolisés et mis au ban des sociétés nationales.


Bien sûr, la défaite structurelle des partis de gauche peut suggérer que le socialisme est en soi un leg du passé et qu’il est temps de tourner la page. Sans nier une certaine logique à cette affirmation qui renferme en elle une partie de bon sens, il demeure d'actualité que le réveil du peuple de gauche n'est pas une chimère. La méfiance des institutions républicaines, la corruptibilité rampante des élites politiques dominantes, la crise multiforme de l'économie capitaliste...; tout cela ne peut que ''travailler' pour un réveil des idées qui se nourriraient du socialisme démocratique pour finalement, sinon battre les extrêmes droites, du moins faire en sorte que leur triomphe soit de courte durée.


C’est en ce sens que l’on osera avancer ici que le socialisme ne peut disparaitre complètement et il continuera d’exister sous d'autres formes. Certes, cette présence est conjoncturellement tellement mineure, indigente et difforme qu’elle désespère les plus ardents défenseurs des idées et principes fondamentaux du socialisme. Mais il est important de ne pas oublier, ou d’en dévoyer la certitude, que le socialisme est « l’envers du capitalisme » et qu’il s’élève contre « l’exploitation capitaliste et les différents modes de domination qu’elle implique (et qui) provoquent nécessairement des conflits, des luttes, et donc l’émergence de projets alternatifs, qu’ils soient modérés ou radicaux »(1). Tant que ce capitalisme hybride et mortifère sera parmi les Humains, son antinomie la plus illustre et la plus ancrée dans l’histoire des idées universelles, le socialisme en l’occurrence, vivra, même à titre symbolique ou en se transformant en une forme meilleure et plus adaptée à la lutte universelle contre le capitalisme sauvage.


Il est des enseignements de l’Histoire qui ne trompent pas : le retour de manivelle. Si la gauche socialiste - cela dit généreusement au vu de la conjoncture ! - digère bien la sanction qui a fait d'elle une malvenue, elle retrouvera une force renouvelée et fera adhérer de nouveau de larges pans de la société à leur idéal égalitariste ou, du moins, humaniste.


En ce sens, pour conclure sur une note quasi-optimiste, il est d’évidence que pour redevenir forte et retrouver des couleurs, la gauche devrait se réinventer en mobilisant en permanence la rue, en recrutant de nouveaux membres comme au bon vieux temps des années 1970 et 80, en investissant l’école, le lycée, l'Université, la manufacture..., bref tout ce qui n’est pas le capital financier et bancaire. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que les partis socialistes ressusciteraient et pourraient redevenir des catalyseurs d’opinion et des réformateurs travaillant pour le bien-être collectif.


A défaut de cette perspective, le socialisme demeurera ce vestige du passé blessé, délabré et broutant à la marge de la société de classes.


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(1) Jean-Numa Ducange, ‘’Le socialisme est-il mort ?’’, in The Conversation du 15 avril 2022.