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IA, TECHNOLGIE & COMMUNICATION
Le journalisme au défi des intelligences artificielles
Les usages des intelligences artificielles (IA) dans les salles de rédaction et par les journalistes à titre individuel font l’objet, depuis quelques années, d’études de terrain de plus en plus nombreuses offrant l’occasion d’approfondir la réflexion sur les avantages, mais aussi sur les risques des IA pour ce métier(*).
Par Yeny Serrano et Muriel Beasse** I OpenEdition
Face aux opportunités comme aux nombreux défis liés à l’utilisation des intelligences artificielles génératives (IAg) dans les milieux de l’information, les présentes contributions tentent d’identifier plus précisément si ces technologies constituent un atout sans risque pour les journalistes et, dans l’absolu, pour le journalisme.
Si l’arrivée des IA dans les rédactions d’information peut être envisagée comme une ultime évolution dans un système qui a toujours été très évolutif (Beasse et Viallon 2022), le débat sur les transformations de la production d’information assistée par les IA peut aussi se trouver considérablement appauvri en laissant de côté les enjeux cruciaux se rapportant au mandat social et politique du journalisme (Serrano et Beasse 2025). L’un des principaux risques dans ces réflexions n’est-il pas de considérer l’activité journalistique comme une production de contenus comme les autres ? En se plaçant du point de vue des entreprises médiatiques, des professionnels de l’information comme des publics, pourrait-on envisager un modelage mutuel et équilibré dans la relation journaliste-technologie qui s’appuie sur la dimension sociale spécifique de l’activité journalistique ?
Ces questions forment la trame centrale des huit études empiriques réunies ici et qui interrogent précisément les contributions des IA pour la pertinence d’une information de qualité. Il s’agit aussi bien de sonder les performances généralement attribuées aux IA pour la détection de fake news, que leurs limites pour la couverture informative des guerres et conflits, ou encore de comprendre ses influences sur l’accès à l’information et sur la compréhension de l’information elle-même.
Le problème, comme le soulève Bruno Lefevre, c’est qu’avec ces IA, les journalistes « ne sont plus les médiateurs exclusifs de l’actualité, de la vérité factuelle et des représentations du monde ». Ce qui favorise une reconfiguration des pratiques professionnelles, des modèles économiques, mais aussi des rapports de force entre acteurs du secteur de la presse. Dans son article intitulé « Enjeux éthiques des IAs dans le secteur de la presse : des rapports de forces qui reconfigurent les médiations de la connaissance », l’auteur analyse les discours d’entreprises de presse et de journalistes en France et Belgique francophone sur leurs usages des IA. Il montre, d’une part, le caractère expérimental de ces usages dans les rédactions, et d’autre part, la faible conscientisation des enjeux éthiques et déontologiques, au profit de stratégies d’optimisation de la productivité et de fidélisation du public.
La relation aux publics dans la diffusion des news est justement au cœur de la recherche menée par Cédric Hounnou qui s’intéresse à la manière dont les algorithmes de personnalisation influencent l’accès à l’information, la qualité du débat public, et la diversité des points de vue auxquels les citoyens sont exposés. En concentrant son analyse sur six médias américains et français, dont The New York Times, The Washington Post, Associated Press, Le Monde, Le Figaro et Agence France-Presse, il met au jour des fragilités dans chacun des modèles américains et français en matière de personnalisation algorithmique de l’information. Dans son article « Personnalisation algorithmique de l’information dans les médias traditionnels : enjeux éthiques et sociopolitiques », l’auteur fait le constat d’une « expérimentation technologique intensive » du côté des médias états-uniens de son étude, tandis que les médias français de son corpus font preuve d’une « régulation normative prudente » vis-à-vis de la personnalisation algorithmique.
Si les articles de ce dossier s’attardent davantage sur les usages des IA par les journalistes dans leur pratique professionnelle, la contribution d’Ilya Kiriya analyse la dépendance et la manière dont les algorithmes des IA sont mobilisés par 12 médias russes en exil pour gagner en visibilité et fidéliser leurs audiences. En effet, ces médias ont recours aux grandes plateformes mondiales de médias sociaux, appartenant aux géants de la technologie, afin de couvrir la situation en Russie suite à la guerre en Ukraine. Basé sur une analyse politico-économique et huit entretiens approfondis, l’auteur identifie différentes stratégies allant d’une forte dépendance aux plateformes pilotées par des IA, aux tentatives de résistance à cette dépendance des algorithmes en employant des méthodes plus traditionnelles comme les sites web, les listes de diffusion, les applications mobiles ou les abonnements. Dans son article, intitulé « Comment les algorithmes des plateformes sont exploités par les médias et façonnent leur dépendance technologique : le cas des médias russes en exil », l’auteur identifie trois catégories de médias indépendants : ceux exclusivement numériques orientés vers l’IA (AI-oriented pure players), les médias en ligne qui reposent sur l’IA (AI-enabled online media) et les médias limitant leur dépendance aux plateformes mondiales basées sur l’IA (AI-resistant online media).
L’intelligence artificielle peut-elle rendre le journalisme plus pertinent en Afrique au sud du Sahara ? C’est la question que pose Étienne Damome dans une enquête combinant recherche documentaire, questionnaire en ligne et entretiens. L’auteur cherche à comprendre si les outils d’IA et la mise à contribution des algorithmes, aussi bien dans la production que la requête d’information, améliorent la pertinence thématique (contenu et méta-contenu), situationnelle (temps et géolocalisation) et cognitive (expertise, centres d’intérêt) de l’information des médias africains. Les discours des professionnels de l’information interrogés dans 14 médias africains (cinq pour l’Afrique de l’Ouest, un pour l’Afrique de l’Est, quatre pour l’Afrique australe, deux pour l’Afrique centrale et deux pour l’Afrique du Nord) confirment que l’IA facilite la collecte, l’analyse des données volumineuses et la création de contenus en adéquation avec les attentes et besoins des populations. Néanmoins, l’étude met en avant les limites de l’IA pour rendre l’information plus pertinente. L’insuffisance de données, leur qualité variable, l’absence de règles concernant la protection des données, l’éthique et la gestion des algorithmes automatisés amènent l’auteur à dresser un bilan mitigé de la pertinence de l’IA pour l’information alors que la fiabilité de ces outils demeure difficile à garantir.
Le rôle des IA dans la dynamique des fake news est au cœur de quatre recherches de notre dossier. Nassima Idrissi aborde cette question au sein du paysage médiatique marocain, à travers le cas précis de l’agence de presse marocaine Maghreb Arabe Presse (MAP). Dans « Fake news et intelligence artificielle : défis et opportunités pour le paysage médiatique marocain », elle montre l’ambivalence de l’IA, « à la fois vecteur puissant de création et de diffusion des fake news et outil important de renforcement des processus de fact-checking, en complément au travail journalistique ». L’IA peut à la fois être une menace pour l’intégrité de l’information et offrir des moyens innovants au service de la vérité. Son usage est toutefois freiné par des contraintes techniques et un manque de formation spécialisée chez les professionnels de l’information.
Farhat El Khoury analyse, de son côté, l’efficacité de deux agents conversationnels (ChatGPT et Le Chat) dans la détection de fausses informations dans son article intitulé « Performance de l’IA générative dans la détection des fake news Étude comparative de chatbots en Syrie post-Assad ». L’analyse intègre la variable linguistique puisque l’auteur a interrogé ces deux IA en français et en arabe. Il s’agit de savoir dans quelle mesure ces deux agents conversationnels sont capables de détecter 20 fausses nouvelles (vérifiées par les plateformes Misbar et Verify) ayant circulé entre la chute du régime syrien et la fin du mois de décembre 2024. Les résultats de l’étude sont plutôt prometteurs dans la mesure où le taux moyen de réussite pour détecter de fausses informations dans les deux langues étudiées est de 87,5 % pour ChatGPT, contre 82,5 % pour Le Chat. Par ailleurs, les deux chatbots affichent de meilleures performances en arabe qu’en français ce qui souligne l’influence de la langue source utilisée sur les résultats.
Dans son article intitulé « L’éthique à l’épreuve de l’intelligence artificielle : Défis et enjeux dans le journalisme de guerre », Gisela Cardoso Teixeira nous révèle que les outils d’IA prolongent et renforcent les problématiques historiques du journalisme de guerre. À partir des témoignages de 38 journalistes expérimentés déployés en zones de conflits et interrogés à partir d’un questionnaire en ligne, elle montre que si les IA sont plutôt efficaces pour la traduction, la transcription, l’analyse de données, la vérification d’images ou encore la rédaction d’articles simples, les enjeux éthiques, les risques de manipulation de l’information et la reproduction de récits biaisés se trouvent amplifiés par les processus automatisés. L’auteure plaide pour le rôle central d’un journalisme humain en contexte de crise et de conflit armé, où l’esprit critique du journaliste demeure essentiel.
Ce dossier se referme avec la contribution de Catherine Ghosn et Nawel Chaouni (« Rôle de l’IA dans les dérives communicationnelles en ligne : influences sur le journalisme et processus de remédiation pédagogique »). Les deux chercheuses tentent de comprendre comment les outils d’IA ont une influence sur les étudiants et leur compréhension des informations diffusées sur les médias sociaux et les environnements numériques intégrant l’IA. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit plus spécifiquement de leur permettre de reconnaître des fake news ou des discours haineux. L’étude s’appuie sur des entretiens semi-dirigés menés en petits groupes auprès d’un panel composé de 225 étudiants dans trois universités d’Occitanie et d’Auvergne. Ces étudiants de spécialités et de niveaux différents ont été interrogés sur leurs méthodes employées pour repérer les fake news, leurs expériences, leurs réactions et pratiques de vérification des contenus en ligne ainsi que sur leurs perceptions des discours de haine dans les interactions sociales en ligne.
Les résultats obtenus par les deux chercheuses révèlent une tendance préoccupante qui conduit les étudiants à déléguer leur jugement critique aux outils d’IA pour le tri des informations et l’identification de leurs sources. Cette recherche souligne ainsi le nécessaire renforcement des pratiques pédagogiques informationnelles et médiatiques en milieu universitaire, afin d’aider les étudiants à mieux comprendre les transformations informationnelles ainsi que leurs enjeux.
Notes :
(*) Cet article fait partie d'un dossier thématique publié sur OpenEdition (Revue, Communication et Développement) qui explore les usages des outils d’intelligence artificielle par les journalistes et les médias de différentes régions du monde (Afrique, Asie, Europe) en rassemblant une sélection de huit articles issus de l’axe journalisme et médias du Congrès Orbicom – GTnum – ITI qui s’est tenu à Strasbourg du 29 septembre au 1er octobre 2025 sur les enjeux éthiques, d’inclusion et de remédiation des problèmes sociaux se posant dans différents contextes des IA.
(**) Yeny Serrano et Muriel Beasse, « Le journalisme aux défis des intelligences artificielles », In " Communication, Technologies et Développement ", mis en ligne le 1er août 2026, consulté le 22 août 2026. Source : Le journalisme aux défis des intelligences artificielles
Par Yeny Serrano et Muriel Beasse** I OpenEdition
Face aux opportunités comme aux nombreux défis liés à l’utilisation des intelligences artificielles génératives (IAg) dans les milieux de l’information, les présentes contributions tentent d’identifier plus précisément si ces technologies constituent un atout sans risque pour les journalistes et, dans l’absolu, pour le journalisme.
Si l’arrivée des IA dans les rédactions d’information peut être envisagée comme une ultime évolution dans un système qui a toujours été très évolutif (Beasse et Viallon 2022), le débat sur les transformations de la production d’information assistée par les IA peut aussi se trouver considérablement appauvri en laissant de côté les enjeux cruciaux se rapportant au mandat social et politique du journalisme (Serrano et Beasse 2025). L’un des principaux risques dans ces réflexions n’est-il pas de considérer l’activité journalistique comme une production de contenus comme les autres ? En se plaçant du point de vue des entreprises médiatiques, des professionnels de l’information comme des publics, pourrait-on envisager un modelage mutuel et équilibré dans la relation journaliste-technologie qui s’appuie sur la dimension sociale spécifique de l’activité journalistique ?
Ces questions forment la trame centrale des huit études empiriques réunies ici et qui interrogent précisément les contributions des IA pour la pertinence d’une information de qualité. Il s’agit aussi bien de sonder les performances généralement attribuées aux IA pour la détection de fake news, que leurs limites pour la couverture informative des guerres et conflits, ou encore de comprendre ses influences sur l’accès à l’information et sur la compréhension de l’information elle-même.
Le problème, comme le soulève Bruno Lefevre, c’est qu’avec ces IA, les journalistes « ne sont plus les médiateurs exclusifs de l’actualité, de la vérité factuelle et des représentations du monde ». Ce qui favorise une reconfiguration des pratiques professionnelles, des modèles économiques, mais aussi des rapports de force entre acteurs du secteur de la presse. Dans son article intitulé « Enjeux éthiques des IAs dans le secteur de la presse : des rapports de forces qui reconfigurent les médiations de la connaissance », l’auteur analyse les discours d’entreprises de presse et de journalistes en France et Belgique francophone sur leurs usages des IA. Il montre, d’une part, le caractère expérimental de ces usages dans les rédactions, et d’autre part, la faible conscientisation des enjeux éthiques et déontologiques, au profit de stratégies d’optimisation de la productivité et de fidélisation du public.
La relation aux publics dans la diffusion des news est justement au cœur de la recherche menée par Cédric Hounnou qui s’intéresse à la manière dont les algorithmes de personnalisation influencent l’accès à l’information, la qualité du débat public, et la diversité des points de vue auxquels les citoyens sont exposés. En concentrant son analyse sur six médias américains et français, dont The New York Times, The Washington Post, Associated Press, Le Monde, Le Figaro et Agence France-Presse, il met au jour des fragilités dans chacun des modèles américains et français en matière de personnalisation algorithmique de l’information. Dans son article « Personnalisation algorithmique de l’information dans les médias traditionnels : enjeux éthiques et sociopolitiques », l’auteur fait le constat d’une « expérimentation technologique intensive » du côté des médias états-uniens de son étude, tandis que les médias français de son corpus font preuve d’une « régulation normative prudente » vis-à-vis de la personnalisation algorithmique.
Si les articles de ce dossier s’attardent davantage sur les usages des IA par les journalistes dans leur pratique professionnelle, la contribution d’Ilya Kiriya analyse la dépendance et la manière dont les algorithmes des IA sont mobilisés par 12 médias russes en exil pour gagner en visibilité et fidéliser leurs audiences. En effet, ces médias ont recours aux grandes plateformes mondiales de médias sociaux, appartenant aux géants de la technologie, afin de couvrir la situation en Russie suite à la guerre en Ukraine. Basé sur une analyse politico-économique et huit entretiens approfondis, l’auteur identifie différentes stratégies allant d’une forte dépendance aux plateformes pilotées par des IA, aux tentatives de résistance à cette dépendance des algorithmes en employant des méthodes plus traditionnelles comme les sites web, les listes de diffusion, les applications mobiles ou les abonnements. Dans son article, intitulé « Comment les algorithmes des plateformes sont exploités par les médias et façonnent leur dépendance technologique : le cas des médias russes en exil », l’auteur identifie trois catégories de médias indépendants : ceux exclusivement numériques orientés vers l’IA (AI-oriented pure players), les médias en ligne qui reposent sur l’IA (AI-enabled online media) et les médias limitant leur dépendance aux plateformes mondiales basées sur l’IA (AI-resistant online media).
L’intelligence artificielle peut-elle rendre le journalisme plus pertinent en Afrique au sud du Sahara ? C’est la question que pose Étienne Damome dans une enquête combinant recherche documentaire, questionnaire en ligne et entretiens. L’auteur cherche à comprendre si les outils d’IA et la mise à contribution des algorithmes, aussi bien dans la production que la requête d’information, améliorent la pertinence thématique (contenu et méta-contenu), situationnelle (temps et géolocalisation) et cognitive (expertise, centres d’intérêt) de l’information des médias africains. Les discours des professionnels de l’information interrogés dans 14 médias africains (cinq pour l’Afrique de l’Ouest, un pour l’Afrique de l’Est, quatre pour l’Afrique australe, deux pour l’Afrique centrale et deux pour l’Afrique du Nord) confirment que l’IA facilite la collecte, l’analyse des données volumineuses et la création de contenus en adéquation avec les attentes et besoins des populations. Néanmoins, l’étude met en avant les limites de l’IA pour rendre l’information plus pertinente. L’insuffisance de données, leur qualité variable, l’absence de règles concernant la protection des données, l’éthique et la gestion des algorithmes automatisés amènent l’auteur à dresser un bilan mitigé de la pertinence de l’IA pour l’information alors que la fiabilité de ces outils demeure difficile à garantir.
Le rôle des IA dans la dynamique des fake news est au cœur de quatre recherches de notre dossier. Nassima Idrissi aborde cette question au sein du paysage médiatique marocain, à travers le cas précis de l’agence de presse marocaine Maghreb Arabe Presse (MAP). Dans « Fake news et intelligence artificielle : défis et opportunités pour le paysage médiatique marocain », elle montre l’ambivalence de l’IA, « à la fois vecteur puissant de création et de diffusion des fake news et outil important de renforcement des processus de fact-checking, en complément au travail journalistique ». L’IA peut à la fois être une menace pour l’intégrité de l’information et offrir des moyens innovants au service de la vérité. Son usage est toutefois freiné par des contraintes techniques et un manque de formation spécialisée chez les professionnels de l’information.
Farhat El Khoury analyse, de son côté, l’efficacité de deux agents conversationnels (ChatGPT et Le Chat) dans la détection de fausses informations dans son article intitulé « Performance de l’IA générative dans la détection des fake news Étude comparative de chatbots en Syrie post-Assad ». L’analyse intègre la variable linguistique puisque l’auteur a interrogé ces deux IA en français et en arabe. Il s’agit de savoir dans quelle mesure ces deux agents conversationnels sont capables de détecter 20 fausses nouvelles (vérifiées par les plateformes Misbar et Verify) ayant circulé entre la chute du régime syrien et la fin du mois de décembre 2024. Les résultats de l’étude sont plutôt prometteurs dans la mesure où le taux moyen de réussite pour détecter de fausses informations dans les deux langues étudiées est de 87,5 % pour ChatGPT, contre 82,5 % pour Le Chat. Par ailleurs, les deux chatbots affichent de meilleures performances en arabe qu’en français ce qui souligne l’influence de la langue source utilisée sur les résultats.
Dans son article intitulé « L’éthique à l’épreuve de l’intelligence artificielle : Défis et enjeux dans le journalisme de guerre », Gisela Cardoso Teixeira nous révèle que les outils d’IA prolongent et renforcent les problématiques historiques du journalisme de guerre. À partir des témoignages de 38 journalistes expérimentés déployés en zones de conflits et interrogés à partir d’un questionnaire en ligne, elle montre que si les IA sont plutôt efficaces pour la traduction, la transcription, l’analyse de données, la vérification d’images ou encore la rédaction d’articles simples, les enjeux éthiques, les risques de manipulation de l’information et la reproduction de récits biaisés se trouvent amplifiés par les processus automatisés. L’auteure plaide pour le rôle central d’un journalisme humain en contexte de crise et de conflit armé, où l’esprit critique du journaliste demeure essentiel.
Ce dossier se referme avec la contribution de Catherine Ghosn et Nawel Chaouni (« Rôle de l’IA dans les dérives communicationnelles en ligne : influences sur le journalisme et processus de remédiation pédagogique »). Les deux chercheuses tentent de comprendre comment les outils d’IA ont une influence sur les étudiants et leur compréhension des informations diffusées sur les médias sociaux et les environnements numériques intégrant l’IA. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit plus spécifiquement de leur permettre de reconnaître des fake news ou des discours haineux. L’étude s’appuie sur des entretiens semi-dirigés menés en petits groupes auprès d’un panel composé de 225 étudiants dans trois universités d’Occitanie et d’Auvergne. Ces étudiants de spécialités et de niveaux différents ont été interrogés sur leurs méthodes employées pour repérer les fake news, leurs expériences, leurs réactions et pratiques de vérification des contenus en ligne ainsi que sur leurs perceptions des discours de haine dans les interactions sociales en ligne.
Les résultats obtenus par les deux chercheuses révèlent une tendance préoccupante qui conduit les étudiants à déléguer leur jugement critique aux outils d’IA pour le tri des informations et l’identification de leurs sources. Cette recherche souligne ainsi le nécessaire renforcement des pratiques pédagogiques informationnelles et médiatiques en milieu universitaire, afin d’aider les étudiants à mieux comprendre les transformations informationnelles ainsi que leurs enjeux.
Notes :
(*) Cet article fait partie d'un dossier thématique publié sur OpenEdition (Revue, Communication et Développement) qui explore les usages des outils d’intelligence artificielle par les journalistes et les médias de différentes régions du monde (Afrique, Asie, Europe) en rassemblant une sélection de huit articles issus de l’axe journalisme et médias du Congrès Orbicom – GTnum – ITI qui s’est tenu à Strasbourg du 29 septembre au 1er octobre 2025 sur les enjeux éthiques, d’inclusion et de remédiation des problèmes sociaux se posant dans différents contextes des IA.
(**) Yeny Serrano et Muriel Beasse, « Le journalisme aux défis des intelligences artificielles », In " Communication, Technologies et Développement ", mis en ligne le 1er août 2026, consulté le 22 août 2026. Source : Le journalisme aux défis des intelligences artificielles