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CHRONIQUE

Eux et nous...

Eux et nous...
Partout dans le monde dit démocratique, après les élections générales (législatives), le Chef de l’État reçoit le leader pressenti, dont le parti est déclaré vainqueur, et lui demande de former un gouvernement. Celui-ci le fait, en règle générale, dans les 3 à 5 jours qui suivent l’annonce des résultats. Sinon, le pressenti plie bagage et laisse la place à un autre, dans le respect de soi.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement, à peine investi, veut s’illustrer par un agenda plein de promesses et non flouer l’électorat en mettant le citoyen entre des guillemets qui n’en finissent pas d’interdits à la pelle. Les deux cas de figures sans l’antinomie de la pratique politique marocaine.

C'est comme cela que ça fonctionne dans les États qui ont des partis (peu ou prou) responsables, des politiques qui veulent faire leurs preuves en allant vite au travail, et où tout un chacun des partis en compétition cours contre la montre. Car, dans ces pays, le temps ne pardonne pas.
Chez nous, tout semble prendre son temps. La paresse commande les gestes de nos politiques. Même leur ambition rase les murs, tant ils n’ont aucune considération ni pour le peuple des électeurs, qu’ils n’interpellent qu’une fois tous les cinq à six ans et encore, ni pour eux-mêmes !

Est-ce pathogène ou une malédiction ? En fait, il s’agit de non-respect. De soi d’abord et des autres ensuite. Dans les autres, nous mettons les institutions, toutes les institutions, les électeurs et, enfin, la pratique politique qui les a catapultés en gouvernants à notre insu.

Certes, il faut le dire de manière abrupte, chez nous, les parcelles de pouvoir, qui fonctionnent en dehors des sphères partisanes, poursuivent toujours leur train-train quotidien sans que le no gouvernement dérange en quoi que ce soit la machine qui continue de fonctionner, fort heureusement. Mais il y a tout de même un sérieux problème organique que l’État devrait, au plus haut de sa hiérarchie, régler pour remettre les choses à leur place naturelle, le fonctionnement normal des institutions.

A priori, en effet, un parti vainqueur qui n’arrive pas à mobiliser des alliances est un paria qui devrait se reconnaître dans sa faiblesse et, surtout, en tirer les enseignements lénifiants. On ne s’improvise pas leader si la tête que nous montrons est mal-aimée, pour ne pas dire vomie par les partenaires. Or, chez nous, le jeu électoral est une modalité de seconde zone. Les leviers de pouvoir d’État sont ailleurs. La Constitution les a prévus, mais pour qu'ils ne soient jamais, ou presque, activés tant les gardiens du temple Maroc veillent à ce que cela fonctionne comme cela et pas autrement.

Dans tous les cas de figures possibles et imaginables, nos politiques sont à des années lumières de ce qui fait la différence entre eux et nous. Eux, ce sont les démocrates du monde. Nous, nous peinons à être ces apprentis partisans qui se croient être des professionnels de la politique, alors que nous ne sommes que des épiciers à la petite semaine.

Eux gèrent leurs pays, nous, nous faisons un pas en avant et plusieurs en arrière. Rationnels ? Nous qui marchons sur notre tête. Mais tout est possible, n'est-ce pas, dans notre beau pays que nous aimons par-dessus tout !

Najib BENSBIA